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mercredi 14 mai 2008

Grenelle de l’environnement

La publicité d’Ucar fait polémique

par Eloïse LE GOFF-BERNIS

L’enseigne de location a pris la parole le 15 mai dernier en lançant une campagne de publicité ponctuelle dans Le Monde. Objectif : inciter le gouvernement à instaurer une « vraie » prime à la casse. Le buzz engendré par cette opération a occulté le débat.
« Les pauvres sont dégueulasses, ils polluent ». C’est par cette interpellation volontairement percutante qu’Ucar, loueur courte, moyenne et longue durée de véhicules souhaitait s’inviter dans la dernière ligne droite des débats avant la finalisation des lois issues du Grenelle de l’environnement. Jean-Claude Puerto-Salavert, PDG d’Ucar qui gère un parc de 12 000 VP et VU, estimait que son devoir d’industriel était de militer pour « une voiture propre pour tous ». Selon lui rien n’a été impulsé par l’État pour aider les propriétaires des 15 millions de véhicules de plus de 11 ans qui circulent en France (41,6 % du parc roulant !) à opter pour un modèle propre. Il est vrai que ce n’est pas l’actuelle prime à la casse de 300 euros qui risque d’entraîner une ruée vers les concessions… « La pollution automobile n’est pas un problème de conscience écologique, mais un problème de pouvoir d’achat », martelait l’ancien dirigeant d’Ada à la veille de la parution de sa publicité controversée. Tel un coup de poing sur la table, il espérait que cette campagne et la préconisation qui l’accompagne ne tombent pas dans les oreilles de sourds décideurs politiques. Mais ce n’est pas de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie - directement interpellé - qu’est venue la réaction officielle, mais de l’association Emmaüs qui a fait savoir qu’elle était « atterrée » par cette publicité qui stigmatisait les pauvres. « Nous avions vocation à allumer le projecteur sur ce qui me semblait un vrai débat, pas à choquer. Si nous avons blessé des gens, nous nous en excusons », nous a confié J.-C. Puerto-Salavert hier (20 mai). Concrètement, il demandait que soit instituée une prime à la casse d’un montant de 1 500 euros « correspondant à la valeur réelle d’usage du véhicule » incitant les propriétaires de vieilles voitures à acheter un modèle neuf émettant moins de CO2 ou à en louer un. C’est précisément cette extension à la location – demande inédite – qui permettrait, selon lui, aux bourses les plus modestes d’accéder aux VN. Il maintient que la TVA récupérée sur les achats ou locations consécutives à cette prime rendrait l’opération financièrement neutre pour l’État quand le bonus-malus écologique coûte actuellement 20 millions d’euros par mois. « Cette mesure fiscale est insuffisante sur le plan du respect de l’environnement car elle ne concerne que les 2 millions de véhicules neufs vendus en France et ne fait donc que mélanger le propre avec le sale. De plus, elle est inefficace économiquement et injuste socialement », analyse-t-il. Ainsi, après la voiture neuve à moins de 1 000 francs par mois lancée en 1999 avec Hyundai, après les premières publicités comparatives destinées à faire de sa marque l’enseigne low-cost du secteur et après l’offre de co-location à 7,50 euros TTC au moment des dernières grèves, Ucar a frappé de nouveau, fidèle à sa vocation de loueur militant. « Le prix de revient mensuel de la moins chère des vieilles voitures s’élève à 180 euros, hors carburant. Je m’engage à lancer rapidement une offre de location moins chère que ce coût plancher et accessible à tous », promettait le patron d’Ucar. S’il est déçu aujourd’hui que son message n’ait été pris qu’au premier degré, il affirme poursuivre sa croisade de « la voiture propre pour tous ». « J’ai écrit à Martin Hirsch, (haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté) pour lui indiquer que j’étais à sa disposition. Ucar a une structure et un réseau. Je ne demande qu’à revenir dans le débat », annonce-t-il. Aujourd’hui, la publicité est arrêtée. Sur sa provocation, il a expliqué qu’elle n’était pas sans rappeler celle de Coluche qui avait, en son temps, interpellé la conscience publique en employant le terme de « salauds de pauvres ». À ce stade du débat, son enseigne continue de défendre ses idées sur son blog (ucar.fr). « Derrière la polémique, le projecteur a été allumé sur un problème », assure J.-C. Puerto-Salavert.

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