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• Monde de l’auto : Spécial salon de Genève

  • Interview : Éric Wepierre,président d’Opel France
  • Après-vente : Les clés d’une relation client digitalisée
  • Coup de fil SAV : Erwan Baudimant, responsable national des ventes de R-M pour la France

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mardi 13 mars 2018

Thierry Lespiaucq (Volkswagen Group France) : « On observe un mouvement brutal vers l’essence en Europe de l’Ouest »

par

Entretien avec le dirigeant de Volkswagen Group France à l’occasion du salon de Genève.

Auto Infos : Quelle est votre analyse des résultats commerciaux du groupe Volkswagen en France en 2017 ?

Thierry Lespiaucq : Les marques Seat et Skoda, qui ont bénéficié d’un élargissement de gamme et de la sortie de nouveaux SUV, ont clairement décollé. La marque Audi, tout en ayant une courbe de progression plus lente, a battu un nouveau record de volume. En 2018, nous présenterons la nouvelle A6. Par ailleurs, les Q5 et Q2 ont été renouvelés. Chez Audi, nous sommes à la fois sur une forte demande de SUV qui induit des délais de livraison très longs et des cycles de renouvellement pour d’autres produits.

A. I. : Comment évolue le marché automobile français ?

T. L. : Le marché se dérègle un petit peu... Je suis surpris par le comportement de certaines marques. De nombreux constructeurs ont recours aux ventes tactiques et km 0. Chacun fait ses choix. Nous ciblons toutes les catégories mais nous privilégions les particuliers et les flottes.

A. I. : La marque Volkswagen a perdu des parts de marché en France depuis deux ans. Comment comptez-vous repartir de l’avant ?

T. L. : Oui, historiquement, nous étions à 7 %. La Polo reste le modèle le plus vendu. Il fallait que le nouveau modèle monte en puissance et que les mix s’ajustent lors du lancement. C’est un cycle normal. Les choses sont rentrées dans l’ordre, il faut désormais livrer. Le lancement des SUV est arrivé un peu plus tard. Le T-Roc est arrivé en fin d’année, ce modèle était extrêmement attendu. Il décolle de façon magistrale. La marque s’est trouvée dans une période de transition sur des modèles importants. Nous allons donc compléter la gamme.

A. I. : La Golf va-t-elle résister à cette mode du SUV ?

T. L. : Elle résiste incroyablement bien. Ses volumes se sont érodés, c’est logique. Mais nous restons sur des niveaux de prises de commandes qui sont tout à fait honorables. C’est une voiture inoxydable. Au final, pour expliquer 2017, tout ceci est assez logique. Nous avons connu des transitions au niveau du management. Il y a un cycle, il faut savoir renouveler une équipe.

A. I. : Quel est votre objectif pour la marque Volkswagen ?

T. L. : Nous sommes face à une situation assez atypique en France et en Europe de l’Ouest de manière générale avec un mouvement brutal des clients vers l’essence. Une brutalité qui frôle l’irrationalité. Des peurs alimentées par l’interdiction de circuler dans certaines villes, etc. C’est un phénomène que l’on observe également en Allemagne avec des tendances lourdes puisqu’il n’est pas question d’y interdire des diesels récents. Tout ce buzz autour du diesel crée des peurs, même si nous en sommes un peu à l’origine mais nous ne sommes pas les seuls. En termes de bilan CO2, le diesel est toujours la meilleure option et celle qui consomme le moins.

A. I. : Pouvez-vous faire face à cette demande importante sur l’essence ?

T.L. : L’outil industriel ne peut, en effet, pas suivre des mouvements aussi brutaux. Nous avons donc énormément de commandes de véhicules essence sur lesquels il nous faudra beaucoup de temps pour livrer.

A. I. : Que dites-vous aux réseaux qui s’inquiètent de la valeur de revente des véhicules diesel ?

T. L. : Les pouvoirs publics ne donnent pas de direction claire. On peut prendre des décisions mais est-il logique de dire que l’on va interdire tous les diesel y compris les dernières générations ? Est-il logique de dire aussi que l’on ne veut plus aucun véhicule à combustion en 2040 ? Ces propos sont de la gesticulation politique qui laisse la place à toutes les spéculations et à une incertitude totale. Même chose à propos de la fiscalité... Personne n’a le courage de dire au gouvernement que très certainement il n’y aura pas de changement des grilles de malus avec l’arrivée de la norme WLTP. Cela me paraît évident mais il faut le dire. L’industrie et le commerce peuvent tout gérer mais il nous faut du temps pour s’adapter. Il faut une transition logique afin de ne pas pénaliser les ménages qui ont acheté des voitures de toutes marques. Il n’y a aucune raison d’interdire la circulation de moteurs diesel Euro 6. Il faut se mettre d’accord sur un schéma et le suivre.

A. I. : Comment abordez-vous les prochaines échéances de la norme WLTP et des 95 g de CO2/km ?

T. L. : Le groupe Volkswagen est complètement engagé pour répondre à ces normes européennes. Les 95 g ne seront qu’une étape. C’est la raison pour laquelle nous proposons toutes ces voitures électriques qui restent aujourd’hui l’une des solutions les plus décarbonées. Au niveau du WLTP, les grammages vont statistiquement monter. Tout le monde devra s’adapter. Au niveau des valeurs résiduelles, il faut en parler avec les sociétés de location longue durée qui sont parmi les premières intéressées. On a besoin d’un équilibre, puisque la fiscalité pousse vers le diesel et l’irrationalité pousse les clients de l’autre côté. Il nous faut donc de la clarté et de la transparence.

A. I. : Où en êtes-vous de la digitalisation de vos réseaux ?

T. L. : La digitalisation est une réalité à laquelle il faut se préparer. Quand on regarde l’évolution du VO qui s’achète sur le Web, on voit que le VN commence déjà à s’inscrire dans la même direction. Nous avons cinq fois moins de visites dans les showrooms mais des visiteurs qui savent exactement ce qu’ils veulent. Il y aura certainement des ventes sur le Web. Cela va se faire en complète harmonie avec les réseaux, aussi bien au niveau de la vente que de l’après-vente. Nous sommes engagés sur cette voie-là.

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